Peinture de fleurs : évolution de l’art botanique depuis le moyen-âge

Peinture de fleurs : évolution de l’art botanique depuis le moyen-âge

Boticelli, Bosch, Van Eyck, Arcimboldo…Si je suis aussi passionnée de fleurs, c’est aussi parce que j’adore le sentiment mystérieux qu’elles font naître chez les plus grands artistes. Lorsque je visite une exposition intéressante, ou simplement lorsque j’ai le plaisir de me lover dans un hamac confortable sur la terrasse avec un beau livre d’art, j’aime chercher les fleurs…Il est difficile d’établir des étapes stylistiques dans l‘iconographie des fleurs tant elles se confondent dans leurs origines et dans leurs relations avec les courants philosophiques, religieux et littéraires qui les animent.

L’art sacré des compositions florales 


Il semble, d’après les anthropologues, que nos ancêtres simiens, dotés de facultés artistiques, aient été sensibles aux formes, aux couleurs et aux parfums des fleurs et que cette perception ait conduit à une «  conscience primitive des fleurs « . Les premières fresques ou les décors de vases de la Crète mycénienne, peints avant 1400 avant l’ère chrétienne, ont pu avoir une influence sur le devenir du motif floral en Occident. Mais c’est surtout à travers les fresques et les frises de la Grèce antique que se distinguent les premières étapes de l’iconographie florale.

Ainsi Pausanias parvenait, avec sa maîtresse Glycéra, à reproduire en peinture l’extrême variété des nuances de fleurs. Pour accentuer l’illusion de la vie, les compositions florales étaient agrémentées d’insectes et d’oiseaux et s’organisaient, comme dans les fresques de Pompéi, autour de figures humaines. Les fouilles de Pompéi ont montré que l’on cultivait à l’époque diverses plantes, notamment des roses, et que l’on appréciait les guirlandes (coronamenta) de fleurs et de feuilles.

C’est dans ce répertoire de formes inépuisables que les artistes des XVe et XVIe siècle puisaient en grande partie leur inspiration. Les représentations florales du Moyen-Age empruntent leurs sources thématiques aux textes religieux. Les évocations du jardin d’Eden, de l’agneau mystique, du Christ, des attributs de la Vierge et des Saints se côtoient, réalisant une véritable iconographie chrétienne, encouragée par les représentants de l’Eglise.

Dans un contexte où les peintures sont contrôlées par l’Eglise qui soutient le rôle didactique du  » pieux langage des fleurs « , la jeune science botanique se met également au service de la Foi chrétienne. Dès le milieu du XVIe, les Hieroglyphica de Piero Valeriano, véritable mundus symbolicus illustrés de signes et de symboles, comportent tout un livre sur les fleurs et les plantes et deviendra l’ouvrage de référence des catholiques lettrés de toute l’Europe pendant plus d’un siècle. De nombreux traités et dictionnaires de symboles rédigés par des Jésuites puisent aux sources mythologiques et bibliques.

L’art sacré se nourrit de l’art profane pour révéler le sens caché de la nature et son germe divin. La mystique fleurie s’est ancrée au langage moderne qui conserve certaines expressions évocatrices comme  » odeur de sainteté  » ou  » parfum de vertu « .

Une peinture de fleurs plus libérée


Avec les peintres du XIXe, les fleurs s’animent et frémissent au soleil. Le romantisme libère la fleur. Il semble que les peintres du XIXe tels que Grandville (1803-1847), Delacroix (1798-1863) et Courbet (1819-1877) veuillent s’échapper d’une précision botanique devenue pesante. La mode du ballet se mêle à la fleur sous la forme de femmes-fleurs dont témoigne le très célèbre poème Le spectre de la rose de Théophille Gautier, mis en musique par Berlioz (1841), qui précède de peu les Fleurs animées de Grandville.

L’émancipation de la peinture florale doit beaucoup aux artistes de Mulhouse, qui, bien que formés à la précision nécessaire au décor imprimé sur les étoffes de coton, aiment représenter le végétal dans son cadre naturel. Parmi les représentations de panoramique florale, la Touffe de Pivoines blanches et roses en pleine terre peinte en 1866 par Alexis Kreyder (1839-1912) est particulièrement remarquée.

Les peintres lyonnais adoptent très vite à leur tour un style affranchi des rigueurs académiques de leurs prédécesseurs. Cette liberté se retrouve dans Le treillis ou Jeune fille arrangeant des fleurs de Gustave Courbet qui inaugure le genre du portrait floral. Parmi les Lyonnais, Simon Saint-Jean (1808-1860) acquiert une réputation internationale avec des compositions qu’il dessine pour les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et la Russie. Rothschild et Delessert comptent parmi ses admirateurs Parisiens. Ces compositions préfigurent les compositions panoramiques de fleurs des champs telles que le Champ de Coquelicots de Monet.

Une diversification des peintres


La guerre de 1870 produira une nouvelle génération de peintres de natures mortes tels que Fantin Latour (1836-1904). Cependant, en France, les peintres de fleurs sont la cible d’une critique méprisant son genre. Même Baudelaire raille ouvertement la peinture de Saint-Jean dans son Salon de 1845 :  » Le tableau de M. Saint-Jean est d’un fort vilain aspect, – c’est monotonement jaune – au total, quelque bien faits qu’ils soient, les tableaux de M. Saint-Jean sont des tableaux de salle à manger, – mais non des peintures de cabinets, de galerie ; de vrais tableaux de salle à manger « .

“Et les peintres femmes ?”, pourrait-on se demander. Au contraire de la capitale, Lyon refuse aux femmes la pratique de la peinture florale. Rarement admises dans la Fabrique, jamais dans les cabinets de dessinateurs, elles sont exclues de l’Ecole des Beaux-Arts et de la plupart des ateliers. Eléonore Escallier (1827-1888) fait figure de pionnière avec son Vase de fleurs et ses expositions régulières aux Salons dès 1857. Ruinée après la guerre de 1870, elle travaille pour Sèvres (1874) où ses modèles semblent avoir été très appréciés. Sa carrière marque le début du féminisme.

A l’aube du XXe siècle, la peinture des fleurs se démultiplie, se mondialise et donne au public parmi les plus grands chefs-d’oeuvre de l’art pictural : les fleurs décoratives de Mucha, les tournesols de Van Gogh, l’art floral des impressionnistes Monet et Manet, ou même plus tard les coquelicots pop d’Andy Warhol….Preuve, s’il en fallait une, que comme nos amies les fleurs, l’art renaît sans cesse !

Florence

Florence

Bonjour à toi, cher lecteur ou chère lectrice ! Je suis Florence, amoureuse des fleurs et décoratrice d'intérieur à mes heures perdues. La décoration florale n'a aucun secret pour moi, et j'ai dans ma boite à outils tout plein de conseils et de bonnes idées. Fervente amatrice de musique classique, de peinture, et d'art floral en général, j'espère vous faire découvrir ce qui me donne du pep's au quotidien !

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